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Les Compositeurs - Communiqué


Claudio Ricignuolo : La grande musique à la portée de tous,

volume 1 : Les compositeurs. © Éditions Fides, 2004 

 

 

1. Introduction.

- Les compositeurs nous parlent. Pas avec des mots, mais avec des sons. Que nous disent-ils ?
- Ils nous racontent la vie et l'âme des gens et des choses. Grâce à la magie de la musique, ils partagent leurs sentiments avec nous et nous font vibrer, frissonner, rire et pleurer.
- Ils évoquent, décrivent, racontent et nous font rêver. Ils nous transmettent leurs messages au-delà du temps et de l'espace.
- Et si la plupart des compositeurs célèbres sont morts depuis longtemps, leur musique, elle, est immortelle.


2. L'appel de la nature.

Il y a mille façons de suggérer les beautés de la nature par la musique. La nature n'est-elle pas musique?
Les chants des oiseaux, le rythme des vagues et des marées, le murmure du ruisseau, le bruissement de la brise dans le feuillage, le grondement du tonnerre…

Et, il y a tant de couleur dans les paysages, tant de poésie dans le spectacle des saisons, tant de colère dans celui de l'orage… et toutes ces couleurs, toute cette variété qui nous entoure, même si elle est faite pour l'œil, ne pourrait-elle pas être transposée par les sonorités des instruments et du chant?

Bien des compositeurs nous ont prouvé que c'est possible, que la beauté visuelle peut inspirer de la beauté sonore, et que d'écouter cette musique en pensant aux images qui l'ont inspirée procure des joies délicieuses.

3. Grieg : Peer Gynt, Le matin.
Une mélodie calme jouée par la flûte puis par le hautbois, et enfin par les violons évoque les doux parfums d'un paisible matin d'été.

4. Vivaldi : Le Printemps.
Dans cet extrait des Quatre saisons de Vivaldi, écoutez comment trois violons imitent les gazouillis d'oiseaux dans la forêt.

5. Beethoven : Symphonie Pastorale.
Le mot « pastoral » évoque les pasteurs - les bergers - et plus généralement, la vie campagnarde. Ici, Beethoven nous fait ressentir l'extase d'un citadin qui a quitté sa ville poussiéreuse, et qui, comme disait le poète, respire des masses d'air à pleins poumons jusqu'à s'en étourdir…

6. Saint-Saëns : Le Coucou au fond des bois.
Le coucou est un oiseau que l'on retrouve dans les forêts d'Europe. Plusieurs compositeurs ont évoqué son appel, devenu le symbole même de la nature. Dans son Carnaval des animaux, Saint-Saëns confie à la clarinette le soin de l'imiter.

7. Vivaldi : L'Été.
Ici, Vivaldi nous présente un coucou tout énervé, voletant de tous côtés dans le vent qui se lève. C'est le violon qui le représente.

8. Rameau : La Poule.
Dans cette pièce pour clavecin, Rameau s'amuse à imiter le « caquètement » et la démarche cocasse de la poule.

9. Debussy : Jardins sous la pluie.
Un peu de musique impressionniste maintenant. Fermez les yeux et imaginez… Un matin de très bonne heure, encore en pyjama, vous observez un jardin à travers la fenêtre. Il pleut et il fait froid. « Do, do, l'enfant do… », vous vous recoucherez bientôt…

10. Rossini : Ouverture de Guillaume Tell.
Des premiers souffles du vent au déchaînement du tonnerre et des éclairs, voici la plus célèbre tempête de l'histoire de la musique.

11. Smetana : Vltava, ou La Moldau.
Vltava est le nom de la rivière qui arrose la belle ville de Prague, en Bohême. Les Allemands appellent ce cours d'eau la Moldau. Le compositeur Smetana décrit dans cette œuvre le parcours de la Vltava, depuis ses sources en montagne jusqu'à son arrivée à Prague.

12. Wagner : Murmures de la forêt.
Le jeune héros Siegfried s'aventure dans la forêt, ému par les mille petits bruits et frémissements qui la parcourent.

13. Schumann : L'Oiseau-prophète.
Habitant mystérieux de la forêt, cet oiseau imaginaire émet un chant mélancolique et troublant.

14. Ravel : Daphnis et Chloé, Lever du jour.
Ce passage du ballet de Ravel est dans le plus pur style impressionniste : une forêt obscure, les premières lueurs de l'aube, le ciel qui rosit, un rayon de soleil à travers le feuillage, le réveil des oiseaux, la clarté… voici enfin le matin!


15. L'expression des sentiments.

Un des aspects les plus magiques et les plus mystérieux de la musique est sa capacité à nous faire vivre des émotions et à nous communiquer les états d'âme du compositeur.
La musique est miraculeuse quand il s'agit de réconforter. Si on est triste et qu'on entend de la musique joyeuse, on oublie notre tristesse.
Si on est triste et qu'on entend de la musique triste, on se sent, en quelque sorte, compris par le compositeur, et ça nous aide à vivre et à nous consoler. Et si on est joyeux et qu'on écoute de la musique triste que se passe-t-il? Eh bien, curieusement, on ressent momentanément cette tristesse, puis on apprécie davantage notre joie.

16. Bach : Double concerto pour violon et hautbois.
Le deuxième mouvement de ce concerto dégage une impression de sérénité et de bonheur paisible. Le hautbois et le violon sont soutenus par un orchestre à cordes et un clavecin. Écoutez avec quelle beauté les deux solistes mêlent leurs voix.

17. Brahms : Quintette à cordes no 2.
La nostalgie est un mélange de bonheur et de regrets. Elle est liée à l'évocation de souvenirs heureux, de bons moments que l'on aimerait revivre. Comme dans cette musique…

18. Haendel : Water Music.
Le 17 juillet 1717, George 1er, roi d'Angleterre, organise une grande fête sur le fleuve qui traverse Londres, la Tamise. Pour l'événement, Haendel écrit cette musique majestueuse et triomphante, toute empreinte d'une joie éclatante.

19. Chopin : Valse no 6.
Les valses de Chopin ne sont pas destinées à la salle de bal. Le compositeur se sert du rythme dansant de la valse pour exprimer ses états d'âme. Ce sont de véritables poèmes pour piano. Par exemple, la valse qui suit communique la peine, la tristesse.

20. Brahms : Symphonie no 3.
La mélancolie, c'est de la tristesse mêlée d'une sorte de rêverie. Le mouvement lent de la 3e symphonie de Brahms est un bel exemple de musique mélancolique.

21. Haydn : Symphonie no 88
La musique est une grande consolatrice, capable de panser les plaies intérieures qui nous habitent parfois. Ainsi en est-il de ce passage chaleureux d'une des 104 symphonies de Haydn.

22. Mozart : Concerto pour piano no 20.
Ne trouvez-vous pas que l'introduction orchestrale de ce concerto, un des plus beaux de Mozart, semble traduire l'état d'esprit de quelqu'un de contrarié? Le mécontentement s'entend presque à chaque note.

23. Bruckner : Symphonie no 9.
L'impression dégagée ici est celle d'une fureur implacable, une colère sans nom. Quelle énergie dans cette musique!

24. Schubert : Symphonie « Inachevée ».
Dès les premières notes que chante le hautbois, on se sent inquiet, comme si un danger caché nous guettait. L'accompagnement fébrile des cordes de l'orchestre accentue bien ce sentiment d'inquiétude et d'appréhension.

25. Bach : « Jésus, que ma joie demeure ».
Le sentiment du sacré en musique a inspiré des œuvres géniales aux plus grands compositeurs. Les plus sublimes d'entre elles peuvent toucher le cœur de tous les auditeurs, qu'ils soient croyants ou pas.

26. Mahler : Symphonie no 3.
La curiosité n'est pas exactement un sentiment, mais plutôt un état d'esprit. Dans le 3e mouvement de sa 3e symphonie, Mahler réussit bien à traduire cet état d'esprit. Il y dépeint le grouillement des petits animaux de la forêt animés d'une curiosité irrésistible qui les incite à explorer les alentours au mépris de tout danger.

27. Stravinski : L'Oiseau de feu.
Voici le tsarévitch Ivan qui s'aventure dans la forêt où il fera la rencontre de l'Oiseau de feu. Il ne sait pas encore qu'il se trouve dans le domaine du diabolique Katscheï l'Immortel qui a la mauvaise habitude de changer les héros en pierre! L'atmosphère à la fois menaçante et mystérieuse du début de ce conte russe est magistralement rendue par Stravinski.


28. Les héros et les batailles.

La musique est un moyen fabuleux de rêver et de nous évader de notre vie de tous les jours en nous faisant voyager dans les siècles passés. Les compositeurs évoquent souvent les héros de légendes et de l'histoire. Que ce soit dans des poèmes symphoniques, des opéras, des ballets ou que sais-je encore, quelle belle variété de preux chevaliers, de guerriers farouches, de cosaques en cavale et de princesses de légendes. On lutte pour la liberté, contre la tyrannie, on défend sa patrie et on pourfend les envahisseurs…

29. Beethoven : Symphonie Héroïque.
Le nom de cette symphonie devait d'abord être Symphonie Bonaparte en l'honneur de Napoléon Bonaparte qui était censé libérer l'Europe de ses tyrans. Mais, au lieu de cela, avant même que l'œuvre soit tout à fait terminée, Bonaparte envahit plusieurs pays et devient l'empereur Napoléon 1er! « Un autre tyran! » s'écrie Beethoven… Déçu, il déchire sa dédicace, et la 3e symphonie est rebaptisée Symphonie Héroïque. En l'écoutant, on sent passer dans cette œuvre mémorable le souffle puissant de l'héroïsme.

30. Bizet : Trompette et tambour.
Des enfants jouent aux soldats et s'imaginent au seuil d'une grande aventure.

31. Verdi : Il Trovatore.
L'action de l'opéra Il Trovatore de Verdi se déroule au Moyen Âge, à l'époque des troubadours. Manrico, un Gitan troubadour, vient d'apprendre que sa mère Azucena, faussement accusée de sorcellerie, a été emmenée pour être brûlée vive sur un bûcher! Il chante ici sa volonté d'aller la délivrer : « De ce bûcher, chante-t-il, l'horrible feu brûle et enflamme tout mon être!… Mère, je cours te sauver ou partager ta mort ». Quelle énergie héroïque dans cette voix de ténor!

32. Liszt : Mazeppa.
Selon la légende, le héros cosaque Mazeppa a été attaché nu sur un cheval sauvage qui l'emporta dans les steppes depuis la Pologne jusqu'à l'Ukraine. Une hallucinante chevauchée, évoquée par un orchestre enflammé.

33. Rimski-Korsakov : Shéhérazade.
Deux armées se retrouvent face à face dans un champ de bataille. Le trombone d'un côté et la trompette de l'autre se lancent des défis de plus en plus menaçants… Le suspense est à son comble… On va livrer bataille!

34. Tchaïkovski : Ouverture 1812.
Cette œuvre célèbre raconte la défaite de l'armée de l'empereur Napoléon 1er en Russie, en 1812. Pour représenter l'armée de Napoléon, Tchaïkovski utilise le thème de La Marseillaise, qui est l'hymne national de la France.

35. Wagner : La Chevauchée des Walkyries.
Les neuf Walkyries sont les filles de Wotan, le maître des dieux. Vêtues de cottes de mailles, armées de grandes lances et coiffées de casques ailés, les indomptables Walkyries chevauchent en emportant les guerriers morts au combat dans le château du Walhalla, là où demeurent les dieux. Le rythme de cette musique suggère une chevauchée fantastique.

36. Moussorgski : Une Nuit sur le mont Chauve.
Une Nuit sur le mont Chauve est un poème symphonique évoquant un sabbat de sorcières présidé par Tchernobog, le « dieu noir » des légendes russes, c'est-à-dire Satan en personne!

37. Wagner : Marche funèbre de Siegfried.
Dans les légendes, il arrive que les plus grands héros meurent. C'est le cas de Siegfried que l'ignoble traître Hagen réussit lâchement à tuer par la ruse. Le moment est terrible car Siegfried n'était pas un héros ordinaire, mais bien un demi-dieu qui descendait de Wotan lui-même. Son cadavre est emporté dans le fracas d'une marche funèbre digne de sa stature surhumaine.

38. Berlioz : Symphonie fantastique.
Un héros tourmenté par une douloureuse peine d'amour s'imagine dans l'au-delà, entouré de sorcières et de créatures démoniaques qui l'entraînent dans une ronde infernale.

39. Wagner : Lohengrin.
Cette pièce pleine d'allégresse est jouée au début du 3e acte de l'opéra Lohengrin. Dans un grand fracas de cymbales, de cordes et de cuivres, elle décrit l'atmosphère d'une noce, celle du chevalier au cœur pur Lohengrin avec la belle Elsa du pays de Brabant. Voilà une histoire où le héros ne meurt pas!

40. Beethoven : Symphonie no 9.
Le célèbre Hymne à la Joie constitue le dernier mouvement de cette symphonie. Beethoven a voulu transmettre un message d'espoir dans cette musique, il y exprime un souhait pour l'avenir de la race humaine : le triomphe de la paix sur la guerre et de la fraternité sur la haine.


41. Les voyages musicaux.

Après les voyages dans l'imaginaire et dans le temps passé, voici le voyage dans l'espace géographique.
L'envol vers les terres lointaines, des terres habitées, chacune avec leur saveur, leurs traditions et leur sensibilité propre.
Lorsqu'on se laisse emporter sur le tapis magique que nous ont tissé les grands compositeurs, c'est la mosaïque humaine qui se déploie devant nous.
Richesse des rythmes, diversité des instruments, exotisme des chants, la musique est une perpétuelle invitation au voyage…

42. Grieg : Danse norvégienne no 2.
Les Danses norvégiennes de Grieg pour piano à quatre mains existent aussi dans une version pour orchestre. Celle que vous allez entendre est un halling, une danse campagnarde pittoresque. Le hautbois chante ici une bien aimable mélodie, de quoi donner envie de visiter la Norvège!

43. Mendelssohn : Symphonie Écossaise.
Mendelssohn a adoré son séjour en Écosse d'où il est revenu la tête pleine de souvenirs. Les paysages brumeux , les châteaux de légende, et surtout le peuple écossais, à la fois fier et hospitalier, l'ont fasciné. Pour un compositeur comme lui, quelle joie que de découvrir les danses folkloriques écossaises! C'est justement cette musique qui lui inspire le 2e mouvement de sa Symphonie écossaise, où la clarinette évoque les sonorités de la cornemuse.

44. Berlioz : Harold en Italie.
Les Abruzzes forment une jolie région montagneuse située au cœur de l'Italie. C'est là que se trouve Harold, un jeune Anglais mélancolique. Dans un petit village, Harold observe une scène touchante : un montagnard qui chante la sérénade sous la fenêtre de celle qu'il aime dans l'espoir d'en être aimé. C'est toute la saveur du folklore italien que Berlioz recrée ici.

45. Brahms : Danse hongroise no 5.
Dans ses Danses hongroises, Brahms a utilisé de vraies mélodies folkloriques qu'il a réellement entendues jouées par des Tziganes hongrois. La 5e est certainement la plus célèbre. Sa mélodie a été empruntée à une pièce tzigane intitulée Souvenir de Bartfai.

46. Dvorák : Danse slave no 4.
Contrairement à Brahms, Dvorák ne cite pas de folklore mais compose ses propres mélodies en imitant le style folklorique de sa patrie et des autres pays slaves. La danse que nous allons entendre est une skocná, danse bondissante et spectaculaire de la région de Moravie, en République tchèque.

47. Chopin : Polonaise no 6.
La « polonaise » est une danse majestueuse qui se pratiquait à la cour des rois de Pologne, à Varsovie. Chopin a composé 16 polonaises pour piano pour rendre hommage à son pays. Celle-ci a été surnommée « Polonaise héroïque » à cause de son caractère énergique et fougueux.

48. Borodine : Dans les steppes de l'Asie centrale.
Ici Borodine évoque une caravane qui chemine dans les vastes plaines semi-désertiques de l'Asie. On peut percevoir dans son œuvre les pas balançants des chameaux ainsi que le chant nostalgique des voyageurs partis si loin de leurs foyers.

49. Debussy : Pagodes.
La musique de la lointaine île de Bali, en Extrême-Orient, a inspiré à Debussy une de ses pages les plus poétiques et les plus dépaysantes où il évoque, de manière impressionniste, les sonorités du « gamelan » balinais.

50. Saint-Saëns : Bacchanale de Samson et Dalila.
Plusieurs œuvres européennes imitent l'allure exotique de la musique arabe. Saint-Saëns a séjourné quelque temps en Algérie où il a pu entendre de ce type de musique. C'est tout le charme mystérieux de l'Orient que l'on retrouve dans cette danse frénétique et sauvage.


51. Conclusion.

Nous voici arrivés au terme de notre voyage à travers le monde de la grande musique.
Un voyage trop bref peut-être, mais ce n'est que le premier : l'entrée de la caverne d'Ali Baba n'est plus cachée mais demeure grande ouverte pour de futures explorations.

Texte de Claudio Ricignuolo.
Narration : Guylaine Girard et Claudio Ricignuolo
© Éditions Fides, 2004.


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